{"id":570,"date":"2021-05-11T23:20:51","date_gmt":"2021-05-11T23:20:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/?p=570"},"modified":"2024-05-18T19:31:00","modified_gmt":"2024-05-18T19:31:00","slug":"el-pollero-picaro-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/fr\/el-pollero-picaro-1\/","title":{"rendered":"Le pouletier coquin 1"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"3000\" height=\"3000\" src=\"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-3000x3000.jpg\" alt=\"En la penumbra de un lienzo negro, surge la cabeza de un gallo, capturada con audacia por la vibrante paleta de l\u00e1pices fosforescentes. La obra, ba\u00f1ada en tonos de rosa y cian, resalta un pico dorado met\u00e1lico, delineado con la precisi\u00f3n de un orfebre. La mirada del gallo colorida perfora la oscuridad, irradiando una presencia casi m\u00edstica. Las plumas, abstractas y estilizadas en trazos impresionistas, se despliegan en una explosi\u00f3n de color que captura la esencia salvaje y regia de la criatura, evocando la vitalidad incontenible de la naturaleza encarnada en un solo ser majestuoso.\" class=\"wp-image-1174\" srcset=\"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-3000x3000.jpg 3000w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-1500x1500.jpg 1500w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-500x500.jpg 500w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-2048x2048.jpg 2048w, https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/pollero-picaro-1-srgb-120x120.jpg 120w\" sizes=\"auto, (max-width: 3000px) 100vw, 3000px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le commerce de poulet<\/h2>\n\n\n\n<p>5 heures du matin, tu es r\u00e9veill\u00e9 par le chant du coq, le chant \u00e9lectronique qui retentit chaque matin pour t&rsquo;extraire du monde merveilleux des r\u00eaves et te ramener \u00e0 celui-ci, le monde du travail, le monde de la fatigue pendant des heures, pour ensuite t&rsquo;amuser encore un peu, et enfin tomber au lit, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le coquelet num\u00e9rique chante \u00e0 nouveau, et le cycle se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton petit d\u00e9jeuner se glisse dans ta bouche, si vite que tu ne peux pas le go\u00fbter, tu sais que si tu ne te d\u00e9p\u00eaches pas, tu n&rsquo;arriveras pas ponctuellement au march\u00e9 central de la cit\u00e9, les autres volaillers accapareront la meilleure mati\u00e8re et il ne restera que les poules du fond, les \u00e9cras\u00e9es, les laides, les difficiles \u00e0 vendre.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Ton chauffeur, qui arriva t\u00f4t, t&rsquo;attend d\u00e9j\u00e0 depuis 15 minutes pour partir, tu peux voir sa voiture par la fen\u00eatre, un v\u00e9hicule d\u00e9labr\u00e9 qui, dans une d\u00e9cennie \u00e0 peine, a fait plus de m\u00e9tiers que toi, et a aussi beaucoup plus voyag\u00e9. Tu ne te souviens m\u00eame pas de l&rsquo;\u00e9poque quand tu n&rsquo;\u00e9tais pas pouletier, et le plus long voyage que tu fis fut celui du d\u00e9m\u00e9nagement de ta village \u00e0 la cit\u00e9, un voyage de 3 heures de vertige qui est devenu un voyage de 3 heures de routine chaque deux semaines quand tu le r\u00e9p\u00e8tes pour visiter tes parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu montes dans la voiture, salues le chauffeur, un homme plus \u00e2g\u00e9 que toi, que tu connais parce qu&rsquo;un autre volailler le recommanda. \u00ab Bonjour \u00bb tu dis, \u00ab Excellente matin\u00e9e monsieur ! \u00bb il r\u00e9pond. Tu t&rsquo;assieds et souviens comment quand tu l&#8217;embauchas pour la premi\u00e8re fois le traitas comme n&rsquo;importe quel autre chauffeur de volailler, dans ton esprit ils \u00e9taient tous les m\u00eames, dans ton esprit ils furent tous chauffeurs pour toujours, toutes leurs vies \u00e9taient comme la tienne, toujours homog\u00e8nes, toujours les m\u00eames, toujours en coupant le poulet. Mais cet homme \u00e9tait diff\u00e9rent, il n&rsquo;ouvrait pas la bouche juste pour te raconter une blague ou un ragot, il racontait des histoires int\u00e9ressantes qu&rsquo;il avait lui-m\u00eame v\u00e9cues au cours de sa vie, beaucoup plus longue et plus vari\u00e9e que la tienne, et cela te fascina, cela te fit sentir un respect pour lui, parce qu&rsquo;il \u00e9tait une faible \u00e9tincelle de sagesse dans ton monde de monotonie, un monde si sombre que la splendeur d&rsquo;une cendre quelconque t&rsquo;\u00e9blouit comme si celle-l\u00e0 f\u00fbt une \u00e9toile philosophale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9marre le moteur et se dirige vers le coin. Un feu rouge vous fait attendre une minute, bien qu&rsquo;il ne semble pas qu&rsquo;une voiture ou un pi\u00e9ton va passer par l&rsquo;intersection. Alors il fait la conversation, avec la m\u00eame question, comme toujours :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Comment vous sentez-vous ce matin ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Un peu fatigu\u00e9, je ne pus pas dormir t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Pourquoi non ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014J&rsquo;allai au cin\u00e9ma avec ma femme, nous v\u00eemes un film dans lequel un couple de millionnaires concevait des jumelles tr\u00e8s belles, pour ensuite se divorcer et les s\u00e9parer, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que quelques ann\u00e9es plus tard elles se rencontraient accidentellement. Le film \u00e9tait pr\u00e9tendument dr\u00f4le, ma femme sortit souriante du cin\u00e9ma, je ne ris ni une seule fois, je fis m\u00eame une sieste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Le film se termina tard ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Non, le film se termina juste \u00e0 temps pour rentrer \u00e0 la maison et avoir une bonne nuit de sommeil, chose que je pensais que nous ferions, mais au moment de nous coucher, tandis que j&rsquo;esp\u00e9rais finalement calmer le sommeil que le film m&rsquo;avait donn\u00e9, ma femme, qui \u00e9tait encore enchant\u00e9e par celui-ci, me dit qu&rsquo;il \u00e9tait temps de le faire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014De faire quoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014De faire des b\u00e9b\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9couter cela le choque ; m\u00eame si habituellement il te r\u00e9pondrait imm\u00e9diatement, cette fois-ci, il a besoin de quelques minutes de r\u00e9flexion. Mais tu ne veux pas avoir ni une seconde de silence apr\u00e8s avoir mentionn\u00e9 un sujet aussi sensible, alors tu continues \u00e0 lui raconter ce qui se passa.<br><br>\u2014Elle me dit qu&rsquo;elle en voulait au moins deux, et si possible, qu&rsquo;elles fussent jumelles, mignonnes et rousses, comme celles du film. Je lui dis que cela ne fonctionnait pas ainsi, que si nous les eussions, elles nous ressembleraient tr\u00e8s probablement. Elle m&rsquo;assura que cela \u00e9tait bien pour elle, et essaya de me faire proc\u00e9der imm\u00e9diatement \u00e0 leur cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Et ensuite vous proc\u00e9d\u00e2tes ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Ensuite, je proc\u00e9dai \u00e0 lui expliquer que l&rsquo;argent est rare, que nous n&rsquo;avons pas une maison propre ni une voiture familiale, que nous ne pouvons pas nous permettre de payer un enfant en ce moment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Comment r\u00e9agit-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Elle a r\u00e9agi tr\u00e8s mal, elle \u00e9clata en larmes, larmes de furieuse frustration. Qu&rsquo;en pensez-vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Qu&rsquo;elle ne devrait pas se pr\u00e9occuper autant\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014C&rsquo;est ce que je pensai aussi\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&#8230;et que vous devriez savoir que cela sera in\u00e9vitable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Quoi ? ! Qu&rsquo;est-ce qui sera in\u00e9vitable ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Que les enfants arrivent. Peu importe \u00e0 quel point on l&rsquo;\u00e9vite, peu importe les degr\u00e9s d&rsquo;h\u00e9donisme ou d&rsquo;\u00e9gocentrisme des gens, m\u00eame les plus frivoles finissent par \u00eatre b\u00e9nis avec quelques rejetons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Ne m&rsquo;effrayez pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Je ne veux pas vous effrayer, seulement vous avertir, et si possible vous \u00e9tonner, avec ces \u00e9v\u00e9nements merveilleux : \u00e0 partir des actes les moins \u00e9l\u00e9gants, les moins pulchres, pleins de secrets, de domination, de d\u00e9sirs absurdes, et parfois de vices, d&rsquo;abus, de mensonges,,, les nouveaux humains naissent. Tout est si abrupt et si sauvage que c&rsquo;est effrayant. Voil\u00e0 pourquoi l&#8217;embarras est g\u00e9n\u00e9ralement att\u00e9nu\u00e9 par une relation amoureuse qui compense la brutalit\u00e9 du processus. Voil\u00e0 pourquoi expliquer le processus aux enfants est si difficile, car nous-m\u00eames ne le comprenons pas et ne pouvons pas le supporter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Je ne sais pas, je ne pense jamais \u00e0 toutes ces choses pendant mes moments intimes avec ma femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Et voil\u00e0 pourquoi les enfants arrivent, car personne ne pense avec brio en forniquant, celui qui le f\u00eet s&rsquo;arr\u00eaterait instantan\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous arrivez \u00e0 l&rsquo;immense march\u00e9 : des milliers de m\u00e8tres carr\u00e9s de pavillons commerciaux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 chaque type de produit alimentaire : un pour les produits bovins, un autre pour les caprins, quoique les fromages, les yaourts et les laits se trouvent tous dans le pavillon laitier ; il y a aussi un pavillon des poissons, un autre pour les fruits de mer, et beaucoup, beaucoup plus encore. Il n&rsquo;y a pas un ordre logique ou pratique, donc le pavillon volailler, o\u00f9 la viande de toutes sortes de volailles est vendue \u2014sauf le poulet\u2014, est loin du pavillon gallinac\u00e9 ; ce dernier est juste entre le pavillon apicole, et le pavillon fruitier. Tu les admires tous, m\u00eame si leur architecture est grise et sans ornement, tu es fascin\u00e9 par leur taille immense \u2014dans ta ville, un b\u00e2timent aussi grand ne serait jamais construit\u2014, mais tu es en m\u00eame temps agac\u00e9 de constater que leurs stationnements \u2014qui sont encore plus grands que les \u00e9difices\u2014 sont d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9s par des voitures et des camions : les autres sont d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s pour acheter leurs marchandises, et tu devras t&rsquo;en occuper.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a aucune place pr\u00e8s du pavillon gallinac\u00e9, alors vous vous garez devant le pavillon apicole, qui n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement pas si fr\u00e9quent\u00e9, mais dont le sol est toujours tr\u00e8s collant \u00e0 cause du miel qui se d\u00e9verse in\u00e9vitablement dans cette zone. Vous marchez, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur puis \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, \u00e0 toute vitesse, m\u00eame si chaque pas sur le sol vous ralentit, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait des l\u00e8vres mielleuses d&rsquo;une jeune fille amoureuse, qui, lorsqu&rsquo;elle parvient \u00e0 baiser, ne veut jamais se d\u00e9coller.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu vois les diableurs (les chargeurs) qui transportent sur leurs diables (leurs chariots) des barils de miel et de cire, et m\u00eame de produits sans rapport avec l&rsquo;apiculture, car, pour cause du d\u00e9sordre des pavillons, beaucoup doivent passer par l\u00e0 ; tous ces diableurs laissent leurs traces particuli\u00e8res, tant\u00f4t un ar\u00f4me de mer, tant\u00f4t un parfum de for\u00eat, tant\u00f4t quelques gouttes de sang sur le sol. Toutes ces substances avec lesquelles les cuisini\u00e8res exp\u00e9rimenteront ensuite dans leurs laboratoires de chimie, dans leurs cuisines\u2026 et qui seront finalement d\u00e9gluties par tous\u2026 Tant de complications pour seulement provoquer des sensations sp\u00e9cifiques dans la bouche pendant quelques secondes !<\/p>\n\n\n\n<p>Tu arrives au pavillon gallinac\u00e9, et tu cherches la boutique du commer\u00e7ant que, sans autre raison que <strong>la foi superstitieuse de la sympathie<\/strong>, tu crois \u00eatre le plus honn\u00eate et le moins avare. Il n&rsquo;est pas pr\u00e9sent, seulement son fils, qui t&rsquo;assiste avec d\u00e9sint\u00e9r\u00eat, et, sans faire le moindre effort de promotion, te montre la marchandise. Tu notes que les seules poitrines disponibles \u00e0 vil prix sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9cras\u00e9es et d\u00e9form\u00e9es. Ton visage r\u00e9v\u00e8le ta frustration, mais ton chauffeur, toujours aussi positif, ne veut pas que tu te sentes ainsi :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Ne vous inqui\u00e9tez pas ! Au moins, de cette fa\u00e7on, il ne faudra plus les aplanir au moment de les d\u00e9couper.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu appelles un diableur pour qu&rsquo;il transporte avec son chariot quelques dizaines de kilogrammes de ces poitrines aplaties jusqu&rsquo;\u00e0 la voiture de ton chauffeur. Vous marchez vers le v\u00e9hicule, beaucoup plus lentement, car la lourde charge ralentit beaucoup le pas. En arrivant au petit pont en arc qui conduit au pavillon d&rsquo;apiculture, le diableur ne va plus tout droit vers le sommet, mais d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre, en montant progressivement, pour qu&rsquo;il soit humainement possible de porter ton poulet lourd en haut de la pente. Si bien ce spectacle t&rsquo;amuse usuellement, une jeune fille en mini-jupe d\u00e9robe chaloupant ton attention soudainement, une demoiselle si l\u00e9g\u00e8re qui escalade ce m\u00eame pont sans grande difficult\u00e9. Comme l&rsquo;aiguille d&rsquo;une boussole se tourne vers le nord, vers ses jambes se tournent tes yeux, et les yeux des autres, y compris ceux du diableur, qui se laisse distraire et jette subitement ton poulet par terre. Ne t&rsquo;\u00e9nerve pas ! Il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9, mais seulement plus \u00e9cras\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Excusez-moi, monsieur ! Je le ramasse, donnez-moi une minute.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que ton diableur s&rsquo;agenouille pour ruiner encore plus son dos herni\u00e9 en chargeant ta viande de volaille, tu tentes de calmer ta frayeur en jetant un nouveau coup d&rsquo;\u0153il au corps de la fille, qui s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e et a tourn\u00e9e pour observer le d\u00e9sastre. Tu constates que tes poitrines sont les seules plates, car la nubilit\u00e9 conf\u00e8re aux femmes des formes quasi-sinuso\u00efdales, quasi-ensorcelantes, qui ondulent en m\u00eame temps les plaines de ton esprit. Ton chauffeur observe tout, le diableur, la fille et toi, et essaie de te faire reprendre ta concentration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Regardez ! Il finit de ramasser le poulet, nous pouvons continuer. Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas pour la fille, ses parents travaillent s\u00fbrement ici et elle va marcher vers son \u00e9cole, qui ne doit pas \u00eatre loin : c&rsquo;est possible qu&rsquo;elle passe par ici tous les jours, tu auras donc beaucoup plus d&rsquo;occasions de l&rsquo;esgarder extasi\u00e9, mais maintenant allons-y, il est tard et il est urgent de commencer les op\u00e9rations commerciales de ton ch\u00e8re pouleterie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu rentres dans la voiture, et celle-ci entame la lente course vers ta volaillerie. Tu ouvres la fen\u00eatre, tandis que le conducteur te dit quelque chose, mais tu ne l&rsquo;entends pas,,,<br>TU LAISSES LE VENT DISSOUDRE<br>LES MOTS AVEC SON SOUFFLE,<br>ET SECOUER TES CHEVEUX,<br>EN INVOQUANT EN TOI LE SOUVENIR<br>DES FINES BOUCLES L\u00c2CHES<br>DE CETTE FEMME V\u00c9NUSTE :::<br>TU PEUX LES VOIR ET LES SENTIR,<br>DES MILLIERS DE FILS SPIRAUX,<br>QUE TU, DEVENU AURA,<br>AVEC BEAUCOUP DE CARESSES, LOUES.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014R\u00e9veillez-vous ! Nous y voil\u00e0, vous \u00eates en retard pour ouvrir, et nous devons encore d\u00e9charger le poulet.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu portes, tires ou lances les sacs de poulet cru qui, apr\u00e8s quelques heures de d\u00e9cong\u00e9lation, d\u00e9gagent un ar\u00f4me sanglant auquel tu es habitu\u00e9. Mais aujourd&rsquo;hui, quelques sacs vous surprennent avec un subtil parfum mielleux, pour avoir \u00e9t\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9s de r\u00e9sidus de miel et de cire lorsque ton diableur les jeta sur ce pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois que tout est d\u00e9charg\u00e9, tu commences \u00e0 pr\u00e9parer quelques pi\u00e8ces, \u00e0 la h\u00e2te, en essayant de finir avant que les clients les plus matinaux arrivent.<\/p>\n\n\n\n<p>TU SECTIONNES UN POULET AVEC LES CISEAUX,<br>PAR L&rsquo;ARRI\u00c8RE-TRAIN VOUS COMMENCEZ :<br>LES CUISSES, LES PILONS ET LES PATTES ;<br>PUIS L&rsquo;AVANT-TRAIN VOUS TRANCHEZ :<br>LE COU, LA POITRINE ET LES AILES.<br>VOUS NE TIREZ M\u00caME PAS LES VISC\u00c8RES,<br>VOUS LES METTEZ DANS UN SAC S\u00c9PAR\u00c9,<br>MAIS NON POUR LES VENDRE,<br>PUISQUE PERSONNE NE LES ACH\u00c8TE,<br>MAIS POUR LES OFFRIR<br>AUX CHIENS B\u00c9NITS DE LA RUE.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tu n&rsquo;es pas suffisamment rapide, voici la premi\u00e8re cliente, une dame \u00e2g\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Bonjour, gentil volailler. Regarde comme mon panier est plein, il me faut seulement des poulets pour le petit bouillon d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Donnez-moi, s&rsquo;il vous pla\u00eet, deux cent cinquante grammes de pilon, deux cent cinquante autres de cuisse, et cinq cents de poitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Tr\u00e8s bien madame, je vais le pr\u00e9parer tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>TU TRANCHES DEXTREMENT UN POULET :<br>LES CUISSES, LES PILONS ET LES PATTES ;<br>LE COU, LA POITRINE ET LES AILES.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Comment vous sentez-vous aujourd&rsquo;hui, monsieur le pouletier ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Tr\u00e8s bien, madame, merci de demander. Et vous ?<\/p>\n\n\n\n<p>TU TRANCHES DEXTREMENT UN POULET :<br>LES CUISSES, LES PILONS ET LES PATTES ;<br>LE COU, LA POITRINE ET LES AILES.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Oh ! Je vais tr\u00e8s bien, monsieur le pouletier, savez-vous que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>TU LAISSES LES CISEAUX COUPER<br>LEURS PAROLES ASSEZ SUPERFICIELLES.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">TU TRANCHES DEXTREMENT UN POULET :<br>LES CUISSES, LES PILONS ET LES PATTES ;<br>LE COU, LA POITRINE ET LES AILES.<\/p>\n\n\n\n<p>ALORS, AU MILIEU DU BRUIT MONOTONE<br>DE CE TRAVAIL R\u00c9P\u00c9TITIF,<br>ELLE \u00c9MERGE EN COURANT, VERS VOUS, CONTENTE,<br>AVEC SES EXTR\u00c9MIT\u00c9S JOINTES, PARFAITES.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">TU LUI BAISES DEXTREMENT<br>SES CUISSES, SES JAMBES ET SES PIEDS ;<br>SON COU, SES SEINS ET SES PAUMES\u2026<br>ET SON GO\u00dbT DE MIEL T&rsquo;OBNUBILE.<\/p>\n\n\n\n<p>MAIS LE MONDE CONTREDIT TON HARMONIE,<br>CH\u00c2TIE TES YEUX,<br>TERMINE TON MONDE.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Et comment va votre femme, monsieur le pouletier ?<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame la force agressive avec laquelle tu fouettes le attendrisseur contre les poitrines d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s aplaties \u2014en essayant en vain de leur donner une forme app\u00e9tissante\u2014 n&rsquo;est pas si intense comme le coup que cette question a donn\u00e9 \u00e0 ton esprit, en interrompant soudainement ta fantaisie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Tr\u00e8s bien madame, merci de demander.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Quelle joie d&rsquo;entendre \u00e7a ! Prenez bien soin d&rsquo;elle ! N&rsquo;oubliez pas que le mariage est le fondement de la famille, et que la famille est le fondement de la soci\u00e9t\u00e9. Sans couples heureux ensemble, il n&rsquo;y a pas de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Je le ferai, ne vous inqui\u00e9tez pas\u2026 Et comment va votre mari ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014Hein ? Je suppose que bien\u2026 Enfin, d\u00e9p\u00eachez-vous avec le poulet, je suis press\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>LES HEURES PASSENT, LES CLIENTS ARRIVENT, LES CLIENTS PARTENT.<br>LE D\u00c9SIR BRIS\u00c9 AGONISE \u00c9TERNELLEMENT,<br>CAR IL NE PEUT PAS MOURIR, MAIS SEULEMENT SOUFFRIR, POUR TOUJOURS.<\/p>\n\n\n\n<p>TU TRANCHES DEXTREMENT UN POULET :<br>LES CUISSES, LES PILONS ET LES PATTES ;<br>LE COU, LA POITRINE ET LES AILES.<\/p>\n\n\n\n<p>Le panorama urbain cesse d&rsquo;\u00eatre c\u00e9rul\u00e9en et lumineux pour devenir lugubre et t\u00e9n\u00e9breux. Avec les forces qui te restent, tu comptes les derni\u00e8res pi\u00e8ces de monnaie, et tu les mets dans ta poche ; elles ne semblent jamais suffisantes, elles ne le sont jamais, mais aujourd&rsquo;hui cela importe peu, hui est un jour de miel. Tu rentres chez toi, presque d\u00e9ambulant, comme une abeille qui tourne selon les parfums des fleurs, en essayant d&rsquo;imaginer \u00e0 nouveau le visage pulchre et le regard divin de cette fille.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu arrives chez toi, franchir chaque seuil te prend plusieurs minutes de silence et d&rsquo;immobilit\u00e9. Tout est silencieux, ta femme dort, ta femme ne remarque pas la lenteur de ta d\u00e9marche. Elle ne te demandera pas de te reproduire aujourd&rsquo;hui ! Tu t&rsquo;allonges dans le lit avec elle, la serres fort, essaies de te concentrer sur la chaleur de son corps, mais ton imagination agit\u00e9e te fait rapidement percevoir un parfum de miel, et sentir que dans tes bras tu serres un corps plus mince et plus tendre. Seulement ainsi, tu r\u00e9ussis \u00e0 dormir, en emmenant la pucelle de miel \u00e0 tes r\u00eaves.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le commerce de poulet 5 heures du matin, tu es r\u00e9veill\u00e9 par le chant du coq, le chant \u00e9lectronique qui retentit chaque matin pour t&rsquo;extraire du monde merveilleux des r\u00eaves et te ramener \u00e0 celui-ci, le monde du travail, le monde de la fatigue pendant des heures, pour ensuite t&rsquo;amuser encore un peu, et enfin [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1174,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"_locale":"fr_FR","_original_post":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/?p=368","footnotes":""},"categories":[26],"tags":[],"class_list":["post-570","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cuento","fr-FR"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=570"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1181,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570\/revisions\/1181"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1174"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.refulgir.com\/k\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}